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mercredi 21 octobre 2009 18:51


Sylduria chapitre XV

Chapitre XV
Mamadou

Plusieurs mois se sont encore écoulés, et je vous propose un voyage en métropolitain, loin du Huitième arrondissement où plus rien n’est susceptible de nous intéresser. Nous retrouvons la lumière du jour dans un autre quartier de Paris que les Japonais ne viennent jamais photographier. Au-dessus de l’ancienne enceinte des « Fermiers généraux », une ligne aérienne s’élève sur une structure métallique. Des voyageurs accèdent par des escaliers à cet étonnent monument de pierre, acier,verre et faïence de Gien. Sous le viaduc se presse une fourmilière de français de toutes origines ethniques : Caucasiens, asiatiques, indiens, mais surtout maghrébins ou africains. En voilà un justement, qui ne se laisse pas entraîner dans les rapides de la foule. Appuyé contre un pilier, la casquette à l’envers, un sac de voyage étendu à ses pieds, Mamadou attend. Un autre garçon, de type nord-africain, vient le rejoindre. Ils se frappent chacun dans la main, regardent autour d’eux pour s’assurer qu’aucun policier ne rode à proximité. Mohammed entame la discussion :

« Tu as amené ce qu’il faut ?

– Tu as amené l’oseille, mon pote ?

– La quantité ?

– Tout est dans le sac, mon pote. Autant que tu en veux.

– La qualité ?

– Là, pas de problème, mon pote. C’est de la tocante, c’est pas du toc. T’en veux combien ?

– Vingt, pour commencer.

– Alors ça fait deux cents. Les bons comptes font les bons amis, mon pote. »

Mamadou sortit de son sac vingt montres, qu’il échangea avec Mohammed contre des billets de banque. Ils ne se cachaient pas plus que cela, les gens du quartier connaissaient leur trafic et ne s’en souciaient guère. Les passants blasés n’y faisaient pas attention. Seule la police pouvait les inquiéter, mais ils réussissaient toujours à se faufiler dans la foule, disparaître dans les recoins de ce morceau de Paris qu’ils connaissaient si bien, et ils leur échappaient toujours. Les deux jeunes gens disparurent dans le flot des voyageurs, pressés comme seuls des Parisiens peuvent l’être.

Dans ce flot rapide de quidams, une jeune fille avance, les cheveux en broussaille, baissant la tête et traînant la jambe. Lynda porte à la main une guitare dans son étui et un sac à dos sur l’épaule. Elle est vêtue de son blouson à chaînes et à clous. Sa ceinture de cuir, elle aussi garnie de clous soutient un bloue de gine dont la déchirure exhibe un peu de son genou. Ses bottines à la semelle fendue permettent à l’eau de pluie de mouiller ses pieds. C’est très agréable !

Voilà tout ce qu’elle a pu sauver du naufrage. Revendues quinze euros chez Tati les robes de chez Lagerfeld.

Sa voiture avait été saisie et revendue bien au-dessous de sa valeur au profit de la maison Lalabrigido. La vente de sa moto, elle aussi décotée à l’argus, lui a permis de faire face aux difficultés immédiates.

Julien lui avait promis de l’aider, mais elle avait quitté l’hôtel Georges V dans une telle précipitation qu’elle ne lui avait laissé aucun moyen de garder le contact. Ils se perdirent de vue, elle resta seule. Julien fit embaucher Elvire dans sa maison d’éditions comme manutentionnaire et gestionnaire de stocks. Il n’y a pas de sot métier : je l’ai fait.

Linda se présenta à l’agence qui avait publié l’annonce dans le « Provocateur républicain », mais le logement lui fut refusé, attendu qu’elle ne pouvait justifier d’aucun revenu régulier. D’autres démarches similaires se soldèrent par le même échec. Elle fut heureuse en définitive de trouver une chambre dans un petit hôtel, porte de Clignancourt.

Elle chercha du travail, n’en trouva pas. Quand ses dernières ressources furent taries, elle dut quitter son hôtel.

Sa jolie voix et sa guitare devinrent ses outils, la ligne n° 2 son lieu de travail. Changeant de wagon à chaque station ou s’installant sur le quai, elle chantait Brassens :

« Avec une bêche à l’épaule,
Avec à la lèvre un doux chant,
Avec à la lèvre un doux chant,
Avec à l’âme un grand courage,
Il s’en allait trimer aux champs.

Pauvre Martin, pauvre misère,
Creuse la terre, creuse le temps. »

Elle n’avait pas la carte orange, mais avait acquis une bonne technique pour accéder aux quais sans billet. Quand un voyageur s’engageait sur le portillon, elle le poussait brutalement en avant pour passer avant qu’il se referme. L’autre ne manquait pas de protester :

« Non mais ? Ça  va pas !… »

Perdue dans la foule, elle monte l’escalier qui lui permit d’accéder à la station. Elle s’assied sur un banc, pose à ses côtés son sac à dos, sort la guitare de son étui qu’elle pose ouvert à ses pieds. Elle accorde son instrument. Elle chante :

« Avec une bêche à l’épaule,
Avec à la lèvre un doux chant,
Avec à la lèvre un doux chant,
Avec à l’âme un grand courage,
Il s’en allait trimer aux champs.

Pauvre Martin, pauvre misère,
Creuse la terre, creuse le temps.

Pour gagner le pain de sa vie,
De l’aurore jusqu’au couchant,
De l’aurore jusqu’au couchant,
Il s’en allait bêcher la terre,
En tous les lieux par tous les temps.

Pauvre Martin, pauvre misère,
Creuse la terre, creuse le temps. »

Mamadou, toujours chargé de son sac, apparaît à son tour sur le quai. Puis Mohammed sort d’une voiture de métro. Les deux complices feignent de ne pas se connaître, mais tous deux ont remarqué la fille à la guitare.

C’est Mohammed qui, le premier, l’approche et ose lui adresser la parole.

« ‘Tain ! Qu’est-ce que c’est que ce rap ? Ce rap-là, j’avais encore jamais entendu. »

Mamadou s’était approché à son tour :

« C’est pas du rap, ça mon pote, c’est du Bétouvaine. »

– Ça vous plaît, les garçons ? » dit elle en levant les yeux.

« ‘Tain ! » s’écrie Mohammed. « Connaissais pas cette musique-là. J’ai pas l’habitude. Je ne savais pas qu’on pouvait se servir de plusieurs notes pour faire de la musique, tu vois ? Nous, notre musique à nous c’est le rap. »

Et Mohammed se met aussitôt à rapper :

« Rap, rap, rap, c’est le rap, c’est le rap

Rap du matin, rap jusqu’au soir

Rap à midi, rap à minuit

C’est le rap, c’est le rap,

C’est le rap, rap, rap.

 

T’en as marre de la vie ?

Chante le rap, chante le rap.

T’en as marre des soucis ?

Chante le rap, chante le rap.

T’en as marre des ennuis ?

Chante le rap, chante le rap.

 

Rap, rap, rap, c’est le rap, c’est le rap

Rap du matin, rap jusqu’au soir

Rap à midi, rap à minuit

C’est le rap, c’est le rap,

C’est le rap, rap, rap.

 

Avec le rap, mon vieux,

T’as plus de problème

C’est moins compliqué

Que jouer du Bitavenne

Tu peux pas louper l’bi-contre-ut,

Tu peux pas louper un bémol.

 

 

Rap, rap, rap, c’est le rap, c’est le rap

Rap du matin, rap jusqu’au soir

Rap à midi, rap à minuit

C’est le rap, c’est le rap,

C’est le rap, rap, rap.

Rap à gruyère, rap à carottes,

Rap a trié et rap à Nui

C’est le rap, c’est le rap,

C’est le rap, rap, rap. »

 

Pendant cet intermède musical, Mamadou avait déposé son sac ouvert et s’était mis à danser. Mohammed ignorait qu’on pouvait faire de la musique avec plusieurs notes, Lynda ignorait qu’on pouvait danser sur la tête. C’est le choc des cultures.

Pendant qu’elle chante, un voyageur s’arrête parfois et jette une pièce dans son étui.

« Sans laisser voir sur son visage

Ni l’air jaloux, ni l’air méchant,

Ni l’air jaloux, ni l’air méchant,

Il retournait le champ des autres,

Toujours bêchant, toujours bêchant.

 

Pauvre Martin, pauvre misère,

Creuse la terre, creuse le temps. »

 

« ‘Tain ! Elle a une belle chetron, elle a une belle voix. La nature l’a bien servie.

– Pas comme nous deux, mon pote. »

La jeune fille cessa de chanter et regarda attentivement les deux garçons qui venaient de lui adresser un compliment. Cela ne lui était pas arrivé depuis un certain temps et elle commençait à s’imaginer que son infortune l’avait rendue laide.

« On est content de t’avoir rencontrée. Moi, c’est Mohammed Bendjellabah. Je viens de Hassi Messaoud.

– Moi, c’est Mamadou Djembé. Je suis de Bamako.

– Moi aussi, je suis contente de me faire de nouveaux amis. Je m’appelle Lynda, et je viens de Syldurie.

 – ‘Tain ! C’est dans quel arrondissement, ça, la Silésie ?

– Syldurie.

– Pas tout près d’ici, mon pote.

– La Syldurie, c’est très loin, de l’autre côté du périphérique.

– En effet, ce n’est pas la porte d’à côté. »

Telle une autruche attirée par ce qui brille, Lynda est soudain émerveillée par les montres qu’elle vient de découvrir dans le sac de Mamadou.

« C’est de la tocante, mon pote, c’est pas du toc.

– Je peux regarder ? »

Mamadou sort une montre de son sac et la lui passe au poignet.

« Quelle classe ! Regardez un peu si j’ai du style. Et c’est du Cartier, en plus ! Ça me rappelle quand j’étais prin... Euh ! Je dis n’importe quoi.

– Alors, poupée, elle te plaît cette montre ? Quinze euros, parce que c’est toi. C’est pas cher.

– Ce n’est pas cher, surtout pour du Cartier, mais je n’ai pas encore le cachet de Britney Speuarze. »

Elle se penche vers son étui à guitare et compte les pièces qui y sont tombées :

« Dix-sept centimes.

– T’en fais pas ma cocotte. Elle te plaît tant que ça, je t’en fais cadeau parce que tu es craquante et que tu as de beaux yeux.

– Oh merci ! Mamadou ! Tu es un ange.

– Le problème, c’est qu’on ne trouve pas facilement de chemises avec des manches pour les ailes.

– C’est qu’il est drôle, en plus !

– Mais alors, surtout, tu ne dis à personne que c’est moi qui t’ai donné ça. Surtout pas aux keufs.

– Pauvre Mamadou ! Tu as dû rester dans un courant d’air. Maintenant tu as la bronchite.

– Je n’ai pas toussé, j’ai dit : « keufs ». Les keufs, les poulagas, les flics, les poulets, les hirondelles.

– En voilà une ménagerie !

– Les policiers, si tu préfères. »

Elle reprend sa chanson là où elle s’était interrompue :

 « Et quand la mort lui a fait signe

De labourer son dernier champ,

De labourer son dernier champ,

Il creusa lui-même sa tombe

En faisant vite, en se cachant.

 

Pauvre Martin, pauvre misère,

Creuse la terre, creuse le temps.

 

Il creusa lui-même sa tombe

En faisant vite, en se cachant,

En faisant vite, en se cachant,

Et s’y étendit sans rien dire

Pour ne pas déranger les gens.

Pauvre Martin, pauvre misère,

Creuse la terre, creuse le temps.

Pauvre Martin, pauvre misère,

Dort sous la terre, dors tout le temps. »

 « ‘Tain ! Elle est pas gaie ta chanson. Moi ça me donne le bourdon.

– Ce n’est pas ma chanson. C’est une chanson de Georges Brassens. Il a écrit ça en 1954.

– ‘Tain ! J’étais même pas né !

– Elle n’est peut-être pas gaie, cette chanson, mais elle reflète bien la vie. Tu la passes dans la sueur et la galère, et comme salaire, tu as la mort. Tu ne sais même pas où tu vas. Tu restes dans le trou ? Tu montes au ciel ? Tu descends en enfer ? Tu reviens transformé en lapin ? Personne ne sait. Personne.

– ‘Tain ! Ça c’est rudement vrai ! »

Mamadou tira brusquement ses deux amis de leur philosophie de bistro.

« Dis, Mohammed, tu me gardes mes affaires ? Je vais chercher de quoi fumer. »

Le jeune africain disparut aussitôt dans la circulation humaine.

copyright 2009 Lilianof

lundi 19 octobre 2009 11:19 , dans Sylduria


Sylduria chapitre XIV

Chapitre XIV
Julien

Julien était toujours amoureux de Lynda, et la manière humiliante avec laquelle elle l’avait éconduit n’avait rien changé à ses sentiments. Pendant que ces tragiques incidents se déroulaient à la suite impériale, il pénétrait d’un pas décidé dans l’hôtel Georges V et s’élevait par l’ascenseur jusqu’au septième palier où Elvire, dans sa précipitation, manqua de le jeter à terre et s’engouffra dans les escaliers.

Était-ce vraiment le bon moment ?

Julien regarde la fille descendre avec la rapidité des chutes du Niagara.

« Qu’est-ce qui lui prend à celle-là ? »

Il se tient devant la porte, hésite puis frappe timidement. Pas de réponse. Il frappe un peu plus fort.

« Lynda, ouvre-moi, c’est Julien. »

Il entend crier la voix de celle qu’il aime :

« C’est pas vrai ! Non mais c’est pas vrai ! Mais qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu ? Qu’est-ce que tu veux ?

– Je t’aime, Lynda.

– Je commence à le savoir. Décampe tout de suite.

– Ouvre-moi, Lynda. Je t’en supplie.

– Je croyais avoir été assez claire. Tu me déguenilles. Ôte-toi de mon palier. »

Julien commence à tambouriner la lourde porte de chêne.

« Je suis à genou devant ta porte. Je vais ameuter tout l’hôtel, je vais faire un scandale.

– Ça m’étonnerait. Je t’aurai assommé avant.

– Laisse-moi entrer.

– Moi si je sors, ce ne sera pas pour rien.

– Je vais me jeter dans la Seine.

– Ne fais surtout pas ça, tu pourrais effrayer les poissons.

– Bon, puisque c’est comme ça, adieu.

– C’est ça : adieu, et au plaisir de ne plus jamais te revoir ».

Le cœur rempli d’une profonde tristesse, Julien tourne les talons et appelle l’ascenseur. Derrière lui, des gonds se mettent à grincer. Lynda s’est décidée à lui ouvrir.

« Euh ! Julien ! Attends ! Ne t’en vas pas ! Viens ! »

Prenant Julien par la main, elle l’entraîne dans le salon et l’invite à s’asseoir. Le jeune homme essaie en vain de comprendre ce brusque revirement.

« Tu as eu un éclair de pitié ?

– Peut-être. »

Un silence gêné suivit cette réplique. Julien regardait la jeune fille avec béatitude. Il avait remarqué quelque contrariété sur son visage, mais elle était belle, vraiment très belle. Comme il l’aimait ! »

« J’ai croisé ta copine Elvire, » dit-il enfin, « elle détallait comme si elle avait vu le diable.

– Elle l’a vu dans toute sa fureur.

– C’est donc toi le diable ?

– C’est moi. Est-ce que cela t’étonne ?

– Non.

– Pardonne-moi, mon petit Julien si j’ai été méchante à ton égard, » dit-elle en prenant ses mains avec tendresse. « J’ai le tempérament assez vif et j’ai des soucis en ce moment.

– Des soucis, ma petite Lynda d’amour. Si je peux t’aider en quoi que ce soit, dis-le-moi.

– Des soucis c’est un euphémisme. C’est la catastrophe, le Titanic, le tsunami, l’attentat du onze septembre.

– Pauvre petite Lynda ! Raconte-moi tout.

– Tu ne lis pas les journaux ?

– Si, ça dépend.

– Regarde ! » dit-elle en lui tendant un journal pris au hasard sur la table basse.

– « Le fiasco Lalabrigido »

Pauvre chérie ! Cela remet en question ta carrière cinématographique, n’est-ce pas ?

– Je suis grillée et même carbonisée. C’est l’inquisition !

– Pauvre chérie !

– Et ce n’est pas tout. J’ai investi ma Porsche et 400 000 euros dans ce film.

– Pauvre chérie !

– Et ce n’est rien encore.

– Pauvre chérie !

– Ce génie de la finance dont je t’avais parlé : Stef. Eh bien ! c’était un escroc. Il s’est taillé à Tahiti avec mon blé. Je suis toute nue comme un crapaud.

– Pauvre chérie !

– Et Elvire Saccuti, cette petite roulure ! Que ne l’ai-je étranglée de mes propres mains !

– Pauvre chérie ! Mais il te reste bien quelques amis. Et l’homme de ta vie ? Ce fameux journaliste.

– Cyril ? Ah celui-là ! Il m’a bien possédée ! J’aime tant casser les autres par plaisir, maintenant je sais ce que c’est qu’être cassée. Il a brisé mon pauvre petit cœur, comme une coquille d’œuf.

– Pauvre ch... Ah ! Je comprends pourquoi tu t’es attendrie si brusquement. Tu as tout perdu. Plus d’argent, plus d’amis, plus d’amoureux. Alors, faute de mieux, on se replie sur le Julien, avec son bonnet d’âne et sa figure d’orang-outang. Je suis la sixième roue de secours. Désolée ma jolie, mais tu viens de me guérir instantanément de ma fièvre amoureuse. Je vais devoir te laisser. Je n’aurai pas de peine à trouver une fille mieux faite que toi.

– Non ! Julien, mon petit Julien. Ne t’en vas pas.

– Te voilà à genoux, à présent, toi l’orgueilleuse ! Tu m’as assez piétiné quand j’étais vautré devant toi.

– Ne me laisse pas tomber.

– Tu me fais pitié. Je ne t’aime plus, mais je veux bien t’aider. Relève-toi. Ce n’est pas une attitude pour une princesse, et tu vas salir ta robe de chez Dior. »

Julien la prend par le bras pour l’aider à se relever, il lui laisse le temps d’essuyer ses larmes.

« Voilà. C’est mieux. Je suppose que tu vas devoir trouver du travail. Et je ne te vois pas caissière à « Auchan ». Remarque : il y a des caissières qui sont devenues ministres. J’ai quelque chose à te proposer. Ce n’est pas grassement payé, mais cela te permettrait de faire face aux besoins
de la vie.

– Je t’écoute.

– Je m’occupe de la gestion des ressources humaines dans une maison d’édition, à Saint-Michel. Nous avons un projet sur Homère, mais j’ai beaucoup de peine à recruter une équipe de traducteurs. Tu m’as bien dit que tu avais étudié le grec ? Je t’embauche.

– Hélas ! Je n’en ai jamais compris la différence entre le nominatif et le vocatif. Et j’ai manqué de défenestrer le professeur.

– Quel tempérament ! Bon, il faudra trouver une autre solution. Je vais devoir aller travailler, maintenant. Allez, prend courage. Au revoir, petite Lynda.

– Au revoir, Julien.

– Au fait, tu ne connais pas quelqu’un qui voudrait acheter une moto ? Une Harley-Davidson ?

– Je vais me renseigner. »

Julien et Lynda se séparèrent sur le palier, après avoir échangé un baiser amical. La porte se referma. Lynda se retrouva seule, toute seule dans cette suite opulente qui n’était déjà plus chez elle. Elle s’assit sur le canapé, la tête serrée dans ses mains. Elle méditait sur cette maudite journée. Puis elle se leva, alla chercher le « Provocateur Républicain » et le défroissa soigneusement. Elle trouva les petites annonces :

« Paris XVIII, chambre meublée, huitième étage sans ascenseur. W.C. sur palier, neuf mètres carrés. 450 euros, charges non incluses. »

« Les requins !… » murmura-t-elle. « Les requins… »

Elle laissa le journal tomber à ses pieds. Puis elle se mit à sangloter.

Elle pleura une bonne partie de la journée, puis se leva, avala deux cachets d’aspirine et commença à rassembler ses affaires.

Copyright 2009 Lilianof

jeudi 15 octobre 2009 14:55 , dans Sylduria


Sylduria chapitre XIII

Chapitre XIII
Lynda s’énerve

Lynda se remit à penser à Cyril, le beau journaliste blond qui avait ravi son cœur. Il lui avait promis un article élogieux, et cette promesse la consolait de toutes ses désillusions. Elle envoya Elvire à la boutique de l’hôtel lui remonter le « Provocateur Républicain ».

Elle s’attendait à se voir en première page dans toute sa beauté, mais la une, comme celle des autres journaux était consacrée à la mésaventure de Gino. Elle se reconnut finalement, sur une photo mal cadrée dans les informations locales.

Elle commença à lire à haute voix :

« Lynda, la starlette prétentieuse ! »

« Starlette prétentieuse ? » répéta-t-elle en fronçant les sourcils.

Elle lut l’article attentivement. L’expression de son visage vira rapidement de la joie à la colère.

« Le petit saligaud !

– Quoi ?

– Le traître ! Le gredin ! Le bandit ! Le folliculaire ! L’écrivassier ! Le rat ! Le scribouillard !

– On dirait que sa prose te contrarie.

– Le sacripant ! Dire que j’étais déjà amoureuse de lui ! Dire que je voulais l’introduire dans le beau monde, ce bouvier mal dégrossi ! Ce bouseux embourbé ! Attends un peu que je mette la main sur lui ! Il va passer une mauvaise demi-heure ! Regarde-moi ce torchon ! »

Elvire reprit la lecture à haute voix :

 « Lynda, la starlette prétentieuse.

Accourue du fin fond de la Moravie... »

– Syldurie, Monsieur des Groscoquenauds, Syldurie !

 – « Accourue du fin fond de la Syldurie, Lynda, princesse au nom imprononçable débarque à Paris, dans le monde impitoyable du cinéma. Son prétendu talent... etc. »... Oh ! « Petite allumeuse » il a écrit ! « Moineau sans cervelle », « ravissante idiote ! »

 – « Ravissante idiote ? » Il a écrit ça ? « Ravissante idiote ? »

 – « Ravissante idiote. »

– Le salopard !

– On disait la même chose de Brigitte Bardot. Je pense qu’il a voulu te faire un compliment.

– Je me passe de ce genre de compliment, » dit-elle en reprenant le journal.

« Le comble ! Il a signé C.D.G. Le lâche ! Le dégonflé ! Pas même le courage d’écrire son nom ! Il a peur que je le reconnaisse et que je lui règle son compte. Quel faux jeton ! Mais quel faux jeton ! Si tu me trouves un jeton plus faux que celui-là, je t’invite à la Tour d’argent. »

Tous ses muscles crispés par la colère, elle froissa le journal en une boule compacte qu’elle projeta à l’autre extrémité de la pièce.

« Tu m’as déjà invitée à la tour d’Argent, » dit simplement Elvire, dont la tranquillité contrastait avec l’excitation de son amie.

« Ça ne se passera pas comme ça ! Tu ne me connais pas, mon petit bonhomme. Tu vas le regretter. Tu vas goûter à la colère de Lynda. Je me vengerai. J’aurai ta peau ! »

« Voilà ce que je vais faire, » poursuivit-elle après un instant de réflexion et d’apaisement. « Je l’invite à passer ses vacances chez moi, en Syldurie. Sitôt arrivé, je le fais arrêter et je le laisse macérer un an ou deux dans les oubliettes du château. Si les rats ne l’ont pas mangé, je le fais sortir, je lui fais donner deux ou trois cents coups de fouets. Non ! Je les lui donne moi-même, les trois cents coups de fouet, ce sera plus amusant. Et s’il a survécu à ce genre de caresses, je le fais décapiter. Bien fait pour lui ! »

– Je croyais que tu ne voulais pas retourner en Syldurie.

– Je ne veux pas et je ne peux pas. J’y suis bannie. Et je reconnais que je ne l’ai pas volé. »

« Et d’ailleurs, » poursuivit-elle sur un ton de regret, « mon père a aboli la peine de mort et il a fait construire un centre de détention ultra-moderne ; plus de rats, plus de clés. Les gardiens ont une carte à puce qui ouvre tout. Et quand un prisonnier est malade, il y a des infirmières blondes qui viennent le soigner.

– Vas-tu renoncer à ta vengeance ?

– Et puis quoi encore ? Je vais lui envoyer en guise de baiser deux ou trois coups de poing dans la figure. Au milieu du cartilage, là où ça fait bien mal. Il s’en souviendra de la ravissante idiote. À moins que ça le rende amnésique.

– Il va te faire un procès pour coups et blessures et tu seras obligée de lui verser mille euros par beigne. Sachant que tu as déjà perdu beaucoup d’argent, ce n’est pas le moment d’en rajouter. Aujourd’hui, tout le monde se fait des procès pour un oui pour un nom. C’est la mode. Menace-le d’un bon procès, et il te fera des excuses publiques dans sa feuille de chou.

– Tu as sans doute raison, mais j’aurais tout de même bien aimé lui défoncer son masque de carnaval. Je suis une femme d’action, moi. »

Ces moments de stupeur passés, Lynda inspecta le courrier : Beaucoup de publipostages des Trois Doutes et compagnie, dont les promesses de gains lui tournèrent le couteau dans la plaie. Elle alla jeter tout cela sans même l’ouvrir : « Destinéo-panier ».

Seule une de ces enveloppes portait son adresse manuscrite. Lynda reconnut l’en-tête : « Stéphano de Monaqui, conseiller financier. »

« C’est de Stef. Certainement des nouvelles de mon placement. »

Elle commence à lire tout haut :

« Salut, ravissante idiote, »

« Comment ? Lui aussi ? »

« Salut, ravissante idiote,

Dommage pour toi que tu ne lises pas le « Nouvel économiste », espèce de gourde ! Tu aurais compris qu’il n’y a jamais eu de Péchinavey ni de Saint-Gaudouche ! Et tu n’aurais pas confié ton capital à n’importe qui. Maintenant je suis parti très loin d’ici, dans un pays ensoleillé où je vais m’offrir une vie de pacha avec tes économies dont tu m’as si gentiment fait cadeau. Inutile de chercher à me retrouver, le monde est vaste. Je suis sur une île de rêve, mais tu ne sauras jamais laquelle.

Adieu sombre andouille. »

Si elle avait eu une noix fraîche dans son poing, elle en aurait fait sortir de l’huile. Elle réduisit la missive de Stéphano à la taille d’une cerise.

« Ah ! Le salaud ! L’ordure ! Mon pognon ! Je le tuerai ! Je lui crèverai la panse ! »

Elle regarda l’enveloppe qui portait un timbre à date bien lisible : « Papeete Polynésie Française. »

« Le crétin ! Allez ! Viens, ma chérie, je t’emmène illico à Tahiti. Le temps d’acheter une Kalachnikov pour lui lester l’abdomen. Je vais le buter. Je vais le descendre. Je vais...

– Calme-toi, Lynda ! Je t’en supplie ! Calme-toi ! Tu me fais peur. »

En effet, il y avait de quoi être effrayé par la fureur de la jeune Syldure. Telle une amazone vaincue, elle se laissa tomber de tout son poids dans le canapé en murmurant : « Que vais-je devenir ? » et resta immobile, éperdue.

Quelques minutes se passèrent. Elvire osa enfin briser ce silence, plus angoissant encore que les éclats de voix.

« Si j’ai bien compris la situation, tu es fauchée.

– Fauchée, moissonnée et même écobuée !

– Et qu’est-ce que tu comptes faire maintenant ?

– Si seulement je le savais ! Trouver un hôtel moins cher. Chercher du travail. Je n’ai jamais rien fait de mes dix doigts. Ce sera difficile. »

Elvire ne pensait plus tellement aux malheurs de son amie. Elle comprenait qu’elle avait quitté un port tranquille pour embarquer avec elle sur un magnifique navire de croisière qui venait de se prendre un iceberg. Une seule question la préoccupait, maintenant : le canot de sauvetage.

« Bon », dit-elle après réflexion, « J’ai bien fait de garder mon appartement à Drancy. Avec les A.S.S.E.D.I.C. je devrait pouvoir m’en sortir.

– Tant mieux pour toi, » répondit Lynda sur un ton indigné. Puis après un silence :

« Dis- moi, Elvire, est-ce que tu pourrais m’héberger un peu chez toi en attendant de trouver une solution ? Je suis dans la mouise, là !

– Ce ne sera pas possible. C’est petit chez moi tu sais.

– Je ne prendrai pas de place, je dormirai sur un matelas pneumatique, dans ton salon... dans ta cuisine... dans ta cave...

– Je regrette, Lynda, tu es assez forte pour t’en tirer toute seule. Nous avons vécu de bons moments ensemble et nos chemins vont devoir se séparer ici. »

Lynda sentit le sang battre ses tempes avec violence. Cette nouvelle émotion était encore plus cruelle que les précédentes.

« Qu’est-ce que tu dis ? N’es-tu pas mon amie intime ?

– Euh, oui, mais...

– Oui mais quoi ? Tu ne vas pas m’abandonner maintenant, alors que j’ai besoin de ton réconfort ? »

Elvire était chargée de frayeur en voyant la colère illuminer les yeux de l’amie qu’elle était en train de trahir.

« Écoute, il faut que je m’en aille, maintenant, j’ai un rendez-vous important et je vais être en retard.

– Un rendez-vous ! Eh bien voyons ! Tu restes ici et tu t’expliques. Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Es-tu en train de me faire comprendre que tu m’as accordé ton amitié seulement pour tout l’argent que tu m’as fait dépenser pour toi ? C’est bien ce que je dois comprendre ? Maintenant que je n’ai plus rien à donner, tu me jettes comme un vieux mouchoir en papier ?

– Je suis désolée, Lynda, je...

– J’ai vu ma carrière d’actrice se briser en éclats, j’ai perdu 400 000 euros dans l’affaire, plus ma Porsche, en tout ça fait 700 000, je me suis fait voler tout mon argent par un escroc, j’ai été trahie par l’homme que j’aimais. Tout cela en à peine une demi-heure. J’ai le tempérament solide, mais c’est tout de même beaucoup. Maintenant, je suis abandonnée par celle que j’ai prise pour ma meilleure amie.

– Je suis désolée. »

À cet instant, Lynda empoigna d’une main la chevelure d’Elvire, qui poussa un cri aigu. Elle pointa son index et son majeur tendus vers ses yeux. Quant à son regard, il n’avait jamais été aussi vif en menace.

« Tu es désolée ? Moi aussi je suis désolée. Je suis brûlante du désir d’étriper quelqu’un. Il n’est plus nécessaire que j’aille à Tahiti : Tu es ici en face de moi. Est-ce que tu veux sentir deux ongles fouiller le fond de tes yeux ? Dis, tu veux savoir l’effet que ça fait ?

– Ne me regarde pas comme ça, tu me terrorises. Lâche-moi, laisse-moi partir. Au secours !

– Tu as raison, » dit elle, laissant retomber ses bras le long de son corps. « Détale ! Cela vaut mieux pour ton matricule. »

Elvire sortit. Elle n’appela pas l’ascenseur, mais dévala l’escalier en pleurant, se précipitant vers la sortie de l’hôtel sous le regard effaré du personnel et des clients. Elle courut, toujours en larmes, le long de l’avenue Georges V et disparut dans la station Alma-Marceau.

Copyright 2009 Lilianof

lundi 12 octobre 2009 11:48 , dans Sylduria


Sylduria chapitre XII

Chapitre XII
Parachute en torche

Le ciel était gris au-dessus d’Arklow, la capitale de la Syldurie. L’atmosphère était calme au palais, non pas un calme agréable qui détend l’esprit, mais un calme pesant, insupportable. Lynda était absente, et si cette absence en réjouissait le plus grand nombre, ses éclats de voix, ses écarts de conduite, ses altercations avec les uns et les autres, ses bruits de pas dans l’escalier, les bruits de portes qui claquent, et surtout, les allées et venues de sa motocyclette, tout avait disparu avec elle, et il semblait que toute la vie et toute la joie avaient quitté le château. En définitive, tous regrettaient son départ. Tous sauf Éva qui n’avait plus à craindre d’être à nouveau battue et qui, depuis cette fameuse empoignade avait chargé sa sœur d’une haine féroce.

Le roi s’était enfermé dans une profonde tristesse. Il passait la plus longue partie de sa journée dans le salon à la verrière, debout devant la vitre, immobile des heures entières, il regardait au dehors, espérant le retour de sa fille. Tous les jours il espérait, jamais elle ne venait. Pour comble de malheur, une hémiplégie avait paralysé la moitié de son corps. À force de soins, il put, au bout de quelques mois, recouvrer l’usage de la parole, mais sa jambe resta paralysée et sa constante mélancolie diminuait ses chances de guérison.

Son visage s’était ridé, ses cheveux avaient blanchi, il était rapidement devenu un vieillard en fauteuil roulant. Et il demeurait là, devant la verrière. Éva lui tenait compagnie et partageait son malheur. Wladimir, pour le réconforter avait, lui aussi, établi ses quartiers dans le salon. Assis à une table, il travaillait sans cesse, lisait, étudiait, corrigeait. Il avait toujours une parole amicale pour panser la blessure du pauvre roi.

Le roi, d’ailleurs, ne se préoccupait plus de politique, Éva, encore si jeune n’avait que la volonté, mais pas l’autorité pour pallier la défection de son père. Les anciens privilégiés en prenaient à leur aise. Le Parlement, que le roi avait fait élire pour défendre les intérêts du pays était devenu une pétaudière où l’on se traitait, qui de phacochère, qui d’ornithorynque. Après avoir rattrapé son retard économique, le royaume s’appauvrissait de nouveau.

Revenons à Paris où, de bon matin, un hélicoptère survole la place Charles-de-Gaulle, rasant le sommet de l’Arc de triomphe et se pose finalement sur le toit en terrasse de l’hôtel Georges V. Le pilote coupe le moteur, la porte s’ouvre, nos inséparables amies en descendent et se dirigent vers l’escalier. Elvire soutient tant qu’elle le peut sa complice qui a perdu à la fois la notion de la ligne droite et de la verticale.

Lynda avait décidé de ne pas aller voir la sortie de son film. Elle craignait les bains de foule, les embrassades, les milliers d’autographes à signer. Elle décida de fêter l’événement avec Elvire. Et cette fête avait surpassé toutes les autres, vues sous l’angle de la quantité de liquide ingurgité.

Les filles arrivèrent péniblement jusqu’à la suite impériale. Il restait heureusement à Elvire un peu de lucidité. Elle jeta Lynda sur le canapé tel un sac de ciment. Elle resta un moment allongée, immobile, les yeux désolidarisés comme ceux d’un caméléon. Elle dit enfin d’une voie inarticulée, entrecoupée d’éclats de rire :

« Quelle folle nuit ! J’espère que tu ne t’es pas ennuyée.

– Pourrait-on s’ennuyer quand on fait la java avec toi. Et cette idée de louer un hélicoptère pour rentrer à l’hôtel ! Incroyable !

– C’est une idée brésilienne. Les vieilles pies brésiliennes ont tellement peur de se faire enlever qu’elles prennent l’hélicoptère pour traverser la rue.

– Encore heureux que ce n’est pas toi qui le pilotais, cet hélicoptère. Tu en tiens une puissante !

– Oh ! N’exagérons rien. Je tiens très bien l’alcool. Je suis saoule, d’accord, mais je ne suis tout de même pas bourrée.

– Tiens-toi en équilibre sur un pied, pour voir.

Lynda fit un effort désespéré pour s’extraire du canapé. Elle essaya de se tenir debout, mais tomba en avant, dans les bras d’Elvire qui la repoussa sur le canapé.

« Oups !

– Excellent !

– Veux-tu goûter à mon whisky ? C’est du quatre cirrhoses, et en plus il vient de chez chauffons !

– Tu es vraiment bourrée comme une pipe !

– Comme une vieille pipe.

– Écoute mon conseil : Évite les contrôles de polices, ils seraient capables de trouver deux grammes de sang dans ton alcool.

– Raison de plus ! Un demi-litre de plus ou de moins, ils ne verront même pas la différence. Whisky ! À la santé du groupe Péchilaouanégaine ! À la santé de Gini Dulolo, et vive le cinéma ! Et à la santé de Cédric des Gaudillots, mon fiancé. »

Lynda s’effondra sur le canapé. Cette dernière rasade de Whisky l’avait terrassée. Elvire n’avait pas la force de rejoindre sa chambre. Les deux filles dormirent l’une sur l’autre.

Au bout de deux ou trois heures, on frappa. Ce fut Elvire qui eut le courage de se lever pour ouvrir. Quelqu’un leur apportait le courrier et la presse. Lynda se réveillait péniblement. Quand elle se redressa, elle eut l’impression que sa tête était enfermée dans un casque de plomb. Néanmoins elle eut le courage de tendre la main vers l’un des journaux qu’Elvire avait posés sur une table basse, près d’elle. Elle s’assit, regarda les grands titres. À ce moment, un effet de stupeur la délivra brusquement de son ivresse et de tous ses effets secondaires.

« Oh ! là ! là !

– Quoi ?

– Oh ! là ! là ! là ! là !

– Qu’y a-t-il ?

– Le fiasco de Lalabrigido ».

Elle prend un autre journal, puis un autre, puis un troisième, mais les titres de première page évoquent la même catastrophe :

« Lalabrigido : un désastre financier ».

« Lalabrigido a misé sur un tocard ».

« Le suicide de Lalabrigido ».

Elle prend le temps d’en lire d’avantage :

« Il s’est tiré une balle dans la tête.

– Pauvre Gino !

– Par Sainte Fédorova ! Mes 400 000 euros !

– Par la Sainte Vierge ! Ta Porsche !

– Envolés.

– Mais c’est la Bérégovoy !

– Bérézina ! Ne t’affole pas. Il te reste des actions.

– Péchinavey. Vite ! La page boursière ! »

Elle tourne fébrilement les pages du journal, les froissant de ses mains agitées, finit par trouver le feuillet recherché.

« De toute façon, je n’y comprends rien. »

Cpyrignt 2009 Lilianof

mercredi 07 octobre 2009 21:31 , dans Sylduria


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